Société


27 janvier 2011

Afrique : tirons leçons du passé pour mieux affronter l’avenir

A l’heure du bilan du cinquantenaire des indépendances africaines et de
l’orientation à donner et à impulser aux luttes présentes et à venir, il urge de revisiter l’histoire contemporaine des combats avant- gardistes des pères de l’indépendance (1), et de la jeunesse de l’époque.A ce sujet, et à propos du combat de la jeunesse, le docteur Aly Dieng nous y aide à travers l’œuvre qu’il a publié aux Editions L’Harmattan en 2009 intitulée Les grands combats de la FEANF- Fédération des étudiants d’Afrique noire. De Bandoeng aux indépendances 1955-1960.

Qui est Amady Aly Dieng ?

Panafricaniste de longue date d’origine Sénégalaise, et économiste de son
état, Amady Aly Dieng, bientôt, la quatre- vingtaine en février 2012, laisse à la postérité plus d’une dizaine de livres forts intéressants. Comme profession, il a exercé à la BCEAO- entendez Banque Centrale de l’Afrique de l’Ouest-Au plan militant, il a été président de la FEANF pendant deux ans en 1961 et 1962. . et également un des dirigeants de l’association des Etudiants de Dakar (AGED) crée en 1950 et qui est devenue l’Union Générale des Etudiants d’Afrique Occidentale (UGEAO). De lui et à la page 102 du livre, on y lit dans un rapport de la police française, Amady Aly Dieng est considéré comme un des dirigeants de la FEANF extrémistes les plus actifs, une personnalité du PAI (parti africain de l’indépendance)membre du comité central et du comité
exécutif.

le livre de Amady Aly Dieng, d’entrée de jeu, écrit dans un français
accessible à tous, situe dans l’introduction l’épineuse question des luttes
indépendantistes des années 1955-1960. De 1956 à 1960, la lutte en faveur de l’indépendance s’intensifie en Afrique. L’indépendance du Soudan anglo-égyptien en septembre 1955 ouvre la voie aux indépendances des autres pays africains.

Page 1.
Ce combat âpre et héroïque pour l’indépendance ne s’est jamais posé en
termes de dialogue ni de réconciliation encore moins de conciliation avec le colon ou le colonisateur. Non ! c’est en termes de rapport de force que s’est faite cette bataille sans concession aucune.Ce qui normalement devrait se reproduire
aujourd’hui. avec une jeunesse aguerrie.

La France a été obligée de faire voter une loi cadre proposée par Gaston
Defferre accordant aux pays africains sous domination française une
semi-autonomie.

Toujours dans l’introduction du livre, l’auteur met un accent grave sur la
notion de solidarité panafricaniste, principe obligatoire, essentiel et
nécessaire, qui a permis l’avancée des luttes indépendantistes et la victoire sur l’oppresseur.La jeunesse africaine déboussolée doit prendre modèle sur ses devanciers qui ont vécu le panafricanisme dans sa sens entier.

Les luttes pour l’indépendance se déplace d’Asie et d’Afrique du Nord en
Afrique Noire subsaharienne. Les conférences afro-asiatiques ou panafricaines se tiennent de plus en plus en Afrique et non en Asie. La conférence du Caire tenue le 26 décembre 1957 est la « fille » de Bandoeng. Ainsi, la FEANF reposait sa force sur la lutte qu’elle menait contre un seul ennemi, la France , c’est-à-dire son gouvernement. Aujourd’hui, cette même France a pris de l’âge avec des tentacules un peu partout se métamorphosant en des réseaux maffieux qui se nomme françafrique, dont Louis Michel en est le porte- parole en Belgique.

Par ailleurs, selon, l’auteur l’année la plus fertile en événements politiques
est l’année 1958 où Sylvanus Olympio réussit le 27 avril 1958 à
remporter une victoire électorale au Togo. Ruben Um Nyobé est tué le 03 septembre par une patrouille française. Le Général De Gaulle entame une grande en Afrique noire et à Madagascar du 20 au 27 septembre. Il organise le 28 septembre un référendum qui débouche sur l’indépendance de la Guinée ayant choisi de voter « non ».

Une première conférence des Etats africains indépendants tient ses assises à Accra au Ghana du 15 au 22 avril 1958. Quelques mois après, est organisé dans la même ville du 06 au 13 décembre 1958, la conférence des peuples africains où la FEANF était représentée par son secrétaire général Konaté et Amady Aly Dieng, simple militant.

On le voit bien que petit à petit, la juste et bonne cause avance mais
c’est sans compter que l’ennemi ne dort pas. Avec d’autres fils d’Afrique,
l’ennemi rempile et reprend du poil de la bête… dès le vote de la Loi-Cadre
Gaston Deffere en 1956 et sa mise en œuvre en 1957, le vers de la division était dans le fruit à la suite de la balkanisation des pays africains voulue et
organisée par les autorités coloniales avec la bénédiction de Houphouët-Boigny.

Conséquence logique :la FEANF va être affaiblie. Elle commence par perdre son rayonnement d’antan et à être court circuitée par ses sections territoriales. Les scissions vont se multiplier au sein des associations territoriales, les
étudiants pro-gouvernementaux vont quitter les associations encore membre de la
FEANF et fidèles à sa ligne révolutionnaire.
S’agissant du contenu du livre, plusieurs thèmes font l’objet d’études dans le livre Nous citerons :

Les organisations politiques d’étudiants africains en France
Les étudiants devant les problèmes politiques,
Les organes de la Fédération
Les congrès et conseils d’administration
Les activités de Fédération sur le territoire français
Les activités internationales de la FEANF
Les activités littéraires de la FEANF
Les lectures des problèmes culturels des étudiants africains,
Les relations de la FEANF avec les organisations d’Afrique Noire.

A la fin du livre, on aperçoit en annexe toute une dizaine de documents qui va de la page 196 à la page 267. Pour le lecteur avide d’approfondir le sujet développé dans le livre, c’est bien capital.

Pour terminer, reprenons en intégralité la conclusion de l’auteur à la page 194.
La période allant de 1955 à 1960 est la période glorieuse du mouvement étudiant africain. La FEANF a atteint son apogée. Elle a été portée par d’énormes forces sociales qui ont contribué à, l’intérieur et à l’extérieur du continent à donner une très grande vigueur aux mouvements de libération nationale. .Le souffle de Bandoeng a profondément touché le continent africain qui est devenu un grand théâtre de la lutte pour l’indépendance. Les victoires des nationalistes se sont multipliées. La France a subi sa plus grande défaite à Dien Bien Phu en Indochine en 1954.

Elle a subi de grand revers en Afrique du Nord avec les indépendances du Maroc et de la Tunisie. La guerre d’Algérie est le plus grand coup portée à la France coloniale qui ne savait pas que ses heures étaient déjà comptées.

L’indépendance
du Ghana a sonné le glas du système colonial en Afrique occidentale et
équatoriale. Elle a ouvert une large brèche dans l’édifice colonial français.
Condamnée à faire des opérations contre-feu devant le feu des luttes pour
l’indépendance en Afrique du Nord et au Cameroun, la France a conçu la Loi-Cadre du socialiste Gaston Defferre pour arrêter le mouvement de libération nationale qui avait envahi son empire colonial qu’elle pensait éternel et susceptible d’être sauvé. C’est pourquoi, elle a octroyé des indépendances formelles aux pays africains qu’elle dominait. C’est pourquoi, l’année 1960 a été baptisée année de l’Afrique. Mais la France ne s’est pas considérée comme vaincue,elle a installée ses hommes, ses alliés pour continuer à dominer et à exploiter ses
anciennes colonies. Dès la mise en œuvre de la Loi-Cadre , le ver de la division était dans le fruit.es autorités coloniales ont décidé de liquider la FEANF en créant des mouvements sécessionnistes qu’elles entretenaient à coup de millions et de faveurs de toutes sortes. Ainsi, la glorieuse FEANF va entamer une période de déclin qui la conduira, à sa mort décrétée en 1980 par le gouvernement de Valéry Giscard d’Estaing.

A la lumière de ‘’Les Grands Combats de la FEANF , … De Bandung aux
independances, 1955-1960’’, l’espoir nous est donné qu’en redoublant de
vigilance, d’organisation et de détermination accrue, l’ennemi sera vaincu tel qu’il le fut dans le passé avec l’organisation, la vigilance et la
détermination de nos ainés mus par un seul idéal panafricaniste. Du cap à Alger, de Dakar à Djibouti, l’oppresseur doit faire face à la même adversité, c-à-d à un seul axiome ferme et irrévocable de nos peuples à une libération définitive .

La lutte doit continuer.

RECENSION DU LIVRE

Les grands combats de la FEANF-
Fédération des étudiants d’Afrique noire.

De Bandoeng aux indépendances 1955-1960.
Editions L’Harmattan en 2009

http://gliglimouta.afrikblog.com/

Maurice Mouta Wakilou GLIGLI-AMORIN
Belgique, ce 24 janvier 2011.



Vous avez dit

1    2011-01-27 23:42:02   helim-kfam

  • LU POUR VOUS :

    Néo-colonisation en Côte d’Ivoire et collaboration de la Cedeao

    Jeudi 27 janvier 2011 à 01:13

    http://www.grioo.com/blogs/guyzoducamer/index.php/2011/01/27/3851

    Les dissensions plus ou moins fortes qui existent aujourd’hui entre une grande partie de la diaspora africaine issue de l’esclavage et les africains, provient du fait que ces afrodescendants sont convaincus que des africains, principalement des chefs, ont pris part à la traite négrière en acceptant les récompenses personnelles des esclavagistes français, anglais, portugais, espagnols, hollandais entre autres.

    Et quand on observe les événements en Côte d’Ivoire, où des puissances occidentales sous prétexte de défendre une démocratie au goût du jour, refusent en réalité de desserrer leurs étaux carnassiers sur les ressources africaines, en utilisant, comme depuis trop longtemps des contremaitres africains pour garantir leur malsaine besogne, on comprend bien ce ressentiment historique.

    Ce que l’on vit actuellement en Afrique de l’Ouest, où les dirigeants de pays comme le Burkina-Faso, le Sénégal et le Nigéria principalement semblent encourager la guerre en Côte d’Ivoire, est en effet assez semblable à la situation qui prévalait durant la traite négrière. L’histoire de l’Afrique, depuis la rencontre avec les européens semble ainsi continuellement se répéter. Et les africains n’en tirent jamais pas les leçons, tandis que les occidentaux ne reconnaissent et ne réparent jamais leurs fautes.

    Les intérêts avides pour les ressources du sous-sol africain, que nourrissent la France et les États-Unis entre autres, des pays qui ont largement profité de l’esclavage ancien pour se développer, les incitent à utiliser tous les moyens qu’il faut pour monopoliser les circuits d’accès à ces richesses au prix le plus infime.

    Certains chefs africains auraient collaboré avec les puissances esclavagistes pour livrer d’autres des leurs à un destin d’esclaves, de travail forcé, à coups de fouets et à la merci de toutes sortes de châtiments, de meurtres, comme outils de travail, sans aucun droit, même celui pour une femme de voir son enfant grandir, lui qui devenait dès sa naissance la propriété du maitre qui pouvait le vendre à tout moment.

    Les Blaise Compaoré, Jonathan Goodluck, et même Abdoulaye Wade qui vient pourtant d’organiser une grande manifestation internationale en l’honneur des cultures nègres, sont eux aussi prêts à vendre encore plus la souveraineté de la Côte d’Ivoire et sacrifier de nombreuses vies humaines.

    Comme ces chefs africains livreurs d’esclaves, où ces contremaitres chargés d’empêcher les révoltes et de s’assurer que le travail pourvoyeur de richesses immenses pour les esclavagistes était bien fait, les dirigeants à la tête des gouvernements entre autres Burkinabé, Nigérians et Sénégalais sont prêts à tout pour permettre à leurs maitres de continuer le pillage. Toujours en espérant obtenir quelques récompenses personnelles.

    Si en ce qui concerne l’époque de l’esclavage, les traitres pouvaient réaliser leur sale besogne dans l’anonymat, aujourd’hui les témoins sont nombreux, pour voir, presqu’à l’instantané, des gouvernements et dirigeants africains prêts à livrer les millions d’ivoiriens à une plus grande soumission, un esclavage déguisé, et dans lequel la grande majorité des populations africaines sont depuis longtemps engluées.

    On a envie de crier avec la Première Dame de Côte d’ivoire, Simone Gbagbo, « Oh honte, la Cedeao », prête à vendre encore une fois, la vie d’innocents africains à l’Ecomog, de triste réputation, en soutien aux terroristes de Guillaume Soro, et avec l’appui logistique de ces mêmes puissances occidentales anciennes esclavagistes.

    Après s’être enrichies grâce aux ressources humaines de l’Afrique pendant plus de 200 ans et grâce en plus à ses ressources naturelles depuis lors, rien n’a changé dans leurs esprits : L’Afrique, ses habitants, et les ressources qui s’y trouvent leur appartiennent. L’Afrique des masses n’a pas selon eux, le droit de profiter le mieux possible de ses richesses et les états africains ne peuvent pas choisir librement leurs clients, leurs fournisseurs.

    Le « développement » de l’Afrique doit se faire le plus lentement possible.

    Les africains ne doivent pas profiter de leurs ressources pour prospérer quand eux, les européens se sont toujours sentis obligés d’aller piller ailleurs, en protégeant jalousement leurs propres ressources. Et le pire est que, au-delà des ressources volées, la vérité historique sur plusieurs siècles nous démontre que les vies humaines africaines à leurs yeux et à ceux de leurs exécutants en Afrique ne valent rien. Lorsque leurs experts évoquent les taux de mortalité en Afrique ou font le décompte des personnes décédées dans les conflits qu’eux-mêmes provoquent, ils oublient de nous dire combien de ces morts sont directement ou collatéralement liées à leurs desseins historiquement machiavéliques.

    Pour réussir leurs sales besognes, il y a toujours un dictateur africain pour les aider avec sa clique, comme les chefs collabos de la période de l’esclavage. Mais malgré les complicités, les humiliations, les maltraitances, les meurtres, les injustices, les trahisons, il y a toujours eu, durant toute la période de l’esclavage dans les Amériques, des révoltes multiples et innombrables qui ont conduits aux abolitions. Malgré les contremaitres, malgré les chefs collaborateurs et livreurs d’esclaves, des nègres-marrons ont pu constituer des refuges d’esclaves (quilombos, palenques, mocambos, cumbe) bien organisés.

    Et en Afrique, aussi, à l’exemple non seulement du Président Laurent Gbagbo, mais aussi de son armée, de ses fidèles soutiens, de la majorité des ivoiriens, des centaines de millions d’africains sont prêts à mettre un point final à ces dictatures occidentales en Afrique, qui préservent pourtant la paix et la démocratie chez elles.

    Guy Everard Mbarga

2    2011-01-28 00:28:24   Sospell

  • Suivons le pas de Gbagbo pour retirer l Afrique Francaise de la bouche de la France. Faisons notre nommaie et disons adieux le CFA et la France. Le reveil de l Afrique est troche.

3    2011-01-28 10:33:56   helim-kfam

  • @Mouta,
    tiré de votre texte :

    "On le voit bien que petit à petit, la juste et bonne cause avance mais c’est sans compter que l’ennemi ne dort pas. Avec d’autres fils d’Afrique, l’ennemi rempile et reprend du poil de la bête… "

    Si vous ne saviez pas que "l ennemie ne dort pas", ce livre aurait du vous alerter sur ce qui se se passe en Côte d Ivoire, mais rien n y fait.

    Je me demande quel coup si fatal a dû prendre notre intelligence ?

4    2011-01-29 11:49:37   SemperAltior

  • Lu pour vous sur atoo.ci :

    http://actu.atoo.ci/larticle.php?id_ar=10267

    "L`ex-chef de l`Etat avait reconnu la victoire d`Alassane Ouattara à huis clos : Les aveux de Gbagbo qui ont fait bouger les lignes à Addis-Abeba
    [...)
    "Selon des sources bien informées et proches du sommet, l`ardeur de certains défenseurs de Gbagbo s`est refroidie ces derniers jours parce que le Premier ministre kényan qui a récemment séjourné à Abidjan, aurait réussi à récueillir des aveux de la taille d`un éléphant à Gbagbo. Selon nos sources, l`ancien chef de l`Etat aurait reconnu avoir perdu les élections du 28 novembre. Et ces aveux recueillis sur un support sonore ont été portés à la connaissance de certains chefs d`état très dévoués à la cause de Gbagbo comme le voisin John Atta-Mills du Ghana. Lorsque la mission de haut niveau de l`Ua arrivera à Abidjan, il ne sera donc pas question de recomptage de voix ou de discussion sur qui a gagné ou perdu les élections. Mais il sera question de parler du départ de Gbagbo. Ce qui risque de compliquer ces discussions, ce sont les actes de braquage perpétrés à la Bceao."

5    2011-02-23 15:18:51   upwindows

  • Aux Intellectuels Africains Panafricanistes et Anti-néocolonialistes

    1- Laurent Gbagbo, tout sauf un panafricaniste

    L’ impasse politique en Côte d’Ivoire entre le président nommé par le conseil constitutionnel- Laurent Gbagbo et le président élu par le peuple- Alassane Ouattara suscite depuis quelques temps l’émoi tant dans la presse Ivoirienne qu’internationale. Pour certains intellectuels Africains tels que Calixthe Beyala, Tierno Monemembo, Albert Bourgiet autres, Laurent Gbagbo incarnerait le nouveau visage de la lutte anti-néocolonialiste et serait le panafricaniste par excellence. Le plus ahurissant chez ces intellectuels Africains et autres pseudo-éveilleurs de conscience, partisans du panafricanisme, pseudo-patriotes, anti-néocolonialistes est qu’ils voient dans l’obstination aveugle de Laurent Gbagbo à se maintenir au pouvoir, un réflet de sa volonté à préserver la dignité de l’Afrique et à continuer le combat que feu-Kwamé Nkrumah avait commencé à travers le panafricanisme.

    Tout d’abord, il est important de préciser que contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent, le Panafricanisme n’a pas été inventé par Nkrumah. Kamawrmesha1 revèle que le panafricanisme est né à la fin du XIX ème siècle aux Caraibes et en Amérique du Nord sous l’inspiration de leaders que sont : Edward Wilmot Blyden(1832 - 1912) , Joseph Anténor Firmin(1850 - 1911), Henry Sylvester-Williams(1869 – 1911), Benito Sylvain, W.E.B Du Bois(1868 –1963) ,Booker Taliaferro Washington(1856 – 1915 ), Marcus Mosiah Garvey(1887-1940). Le mot panafricanisme fut publiquement utilisé pour la première fois à Londres en 1900 lors d’une conférence organisée par ces même leaders. Tout d’abord ce mouvement apparaissait comme la réponse des esclaves noirs des Amériques à la condition et situation d’infériorité qui leur était faite doublée d’un désir de retour à la mère patrie ainsi que l’expression d’une culture et d’une civilisation africaines authentiques. Une fois le combat pour l’abolition de l’esclavage terminé, le concept évolua. C’est ainsi qu’après la deuxième guerre mondiale, il prit la forme que l’on connait aujourd’hui avec l’entrée en scène de nouveaux leaders comme le JamaïcainGeorge Padmore, le GhanéenKwamé Nkrumah, l’ HaitienCésaire, le SénégalaisSenghor,le GuadeloupéenPatrice Tirolienet le GuyanaisLéon-gontran Damas . Si pour les quatre derniers le panafricanisme prenait une forme d’expression culturelle et littéraire à travers la « négritude » qui était une attitude d’autodéfense de la société négro-africaine, Nkrumah lui voyait le panafricanisme autrement. Kamawrmesha revèle que pour Nkrumah « l’Afrique doit s’unir » à travers la création des Etats-Unis d’Afrique. Nkrumah soutenait que l’unité politique, économique et militaire était la condition majeure pour relever le défi que posait la balkanisation de l’Afrique et sa domination par les puissances de la conférence de Berlin.
    Selon Isabelle Sciamma2, le panafricanisme tel que défini par Nkrumah lui même était “L’éveil d’une conscience Africaine, la construction d’une unité humaine, politique et économique maîtresse d’un destin qui lui appartient”.

    Aux vues de tous ses différents courants et formes d’ expression du panafricanisme, en quoi la tentative de brigandage du pouvoir par Laurent Gbagbo au détriment d’Alassane Ouattara et son combat aveugle contre la communauté internationale, l’ Union Africaine (UA) et la CEDEAO constitue t-elle un rapprochement vers le panafricanisme ? Laurent Gbagbo a pendant les dix années passées à la tête de la Côte d’Ivoire, activement contribué à tuer le panafricanisme et cela pour les raisons suivantes.

    Premièrement, comment expliquer cette animosité manifeste à l’encontre des étrangers (Maliens, Guinéens, Burkinabés, Nigeriens et autres) dès son arrivée au pouvoir ? Les rackets, arrestations arbitraires, intimidations, chantages contre ces populations étaient monnaie courante et absolument injustifiée. Tout en sachant que certaines de ces populations étaient installées en Côte d’Ivoire depuis plusieurs générations, un tel harcèlement était absolument absurde. Et c’est l’accumulation de ces frustrations et maltraitances envers ces populations innocentes qui a servi d’alibi à la rébellion armée de 2002.

    Deuxièmement, et comme pour mettre un point d’ honneur à sa haine de l’étranger, les escadrons de la morts furent mis en place. Ces prédateurs professionnels, avides de sang et de chair humaine sillonaient les quartiers populaires d’ ABOBO, ANYAMA, KOUMASSI, WASSAKARA etc pour enlever, torturer puis assassiner des soit-disants rébelles qui n’etaient en réalité que de pauvres habitants sans défense dont le seul tort était d’être étranger ou de porter un patronyme à consonance nordique. Combien de personnes ont été tuées au motif qu’elles s’appelaient Koné, Bamba, Ouattara, Coulibaly, Bakayoko ou que sais-je encore ? Chers panafricanistes, est-ce cela le Panafricanisme dont Nkrumah, Cesaire et Garvey parlaient ?

    Troisièmement, comment justifier l’exclusion de plus de 2 millions de personnes des listes électorales au prétexte qu’elles sont de “nationalité douteuse” ? Pour quiconque connait l’ Afrique, le brassage des populations et les migrations inter-états ont toujours existé. De même que les Baoulés étaient venus du Ghana, les Krous du Libéria, les Malinkés sont eux aussi venus du Mali, Burkina Faso et de la Guinée. Pourquoi donc exclure seulement ceux dont les noms sont à consonnance nordique et donc Malinké ? Est-ce cela le panafricanisme prôné par George Padmore et WEB DuBois ?

    Finalement je dirai qu’être Panafricaniste, c’est aussi savoir écouter les conseils de ses voisins Africains, regroupés au sein de la CEDEAO et de l’ Union Africaine (UA), qui ne cessent de lui demander de céder le pouvoir.

    2-Laurent Gbagbo et autres, tous pro-néocolonialistes

    Dans cette seconde partie de ma lettre, je m’attarderai sur la notion d’anti-néocolonialisme, argument que brandissent ces Intellectuels pro-Gbagbo pour justifier son combat aveugle contre l’Occident et l’Afrique toute entière après des élections que le monde entier s’accorde à dire qu’il a lamentablement perdues.

    Si la notion de panafricanisme a une origine plus ancienne (antérieure à N’Krumah), il n’en est pas de même pour le néocolonialisme. La plupart des opposants au néocolonialisme situent la survenue de cette théorie aux alentours des années 1960, c’est-à-dire au lendemain des indépendances.

    Pour N’krumah, le néocolonialisme serait une forme déguisée de l’impérialisme. N’Krumah soutenait que “le néocolonialisme est le contrôle d’autres nations par des moyens indirects. Les puissances néocolonialistes utilisent des politiques commerciales, économiques, financières et culturelles afin de dominer des pays moins puissant” (cf.Kwamé N’Krumah dans “Le néo-colonialisme : Dernier stade de l impérialisme”, Éditions Présence Africaine, coll. « Le panafricanisme », Paris,2009, 268 p. par). A travers le néocolonialisme, certainesorganisations internationales, telles que la Banque Mondiale (BM) et le FMI peuvent contrôler et exploiter des pays sous-développés (PMD) en entretenant leur endettement. Selon le sociologue Américain Immanuel Maurice Wallerstein,le néocolonialisme s’accomoderait parfaitement avec sa “théorie de la dépendence”qui soutient que la pauvreté, l instabilité politique, et le sous-développement des pays du Sud sont la conséquence de processus historiques mis en place par les pays du Nord ayant comme résultat la dépendance économique des pays du Sud.

    A y voir de plus près, il serait donc question ici d’emprunt et de remboursement. En clair, que les pays Africains sont en quelques sortes “forcés” d’emprunter des sommes d’argent qu’ils ne peuvent plus par la suite rembourser. Ma question est toute simple. Comment est-ce que les pays Africains comptent se dévélopper sans emprunter d’argent ? Tout en sachant que même les pays les plus puissants au monde comme la France, l’Allemagne ou les Etats-Unis ne peuvent s’empêcher d’emprunter. Pour illustrer mes propos, j’aimerais simplement rappeler que la dette extérieure des Etats-Unis s’élève à plus 13 mille milliards de dollars selon la source http://theeconomiccollapseblog.com/archives/u-s-national-debt-2010. Celle de la France est d’environ 5 mille milliards de dollars. Quelqu’un peut-il donc me dire comment est-ce que l’Afrique pourra faire face aux grands défis de demain sans emprunter d’argent ?

    Pour moi, le problème n’est pas tant l’emprunt mais plutôt l’usage qu’il en est fait. Combien de milliards ont déjà été empruntés par certains gouvernements Africains fantôches comme celui de Gbagbo et qui par la suite ont été détournés à des fins personnelles ou pour l’achat d’armes de guerre ? Les scandals financiers sous l’ère Gbagbo, puisque c’est de lui qu’il s’agit ici, sont légions. Des détournements de la filière café-cacao à la duperie de l’achat de l’usine Fulton aux Etats-Unis en passant par les fonds versés par TRAFIGURA pour le scandal des déchets toxiques, et le scandal au fond de prévoyance militaire, ne sont que ceux connus du grand public. Quand le gaspillage s’érige en règle de gouvernance, les conséquences sont celles que nous voyons tous en Côte d’Ivoire. Pas de nouvelles écoles, pas d’hôpitaux, pas d’universités ni de routes en 10 ans de pouvoir. Quelle honte ! Où est donc passé tout cet argent emprunté ?

    Je vais vous le dire, chers intellectuels Africains “Gbagbophiles” pour la circonstance. Cet argent est bien au frais, là-bas chez le colon d’autrefois qu’ils prétendent combattre. La preuve est que tous les pays de l’Union Européene et la Suisse ont ordonné le gel des avoirs de plus de 85 personnalités Ivoiriennes fidèles à Laurent Gbagbo. Tout cet argent n’aurait-il pas pu servir à la construction d’hôpitaux modernes, d’universités, d’écoles, de routes, de ponts, et autres infrastructures dont tout pays civilisé se dote ? Combien d’entre eux ont encore des comptes en banque dans les banques Africaines comme la BCEAO,la SIB, ou même la COOPEC (coopérative d’épargne et de crédit) ? Tous sans exception se sont précipités dès leur arrivée au pouvoir, vers des pays comme la Suisse, les Caraïbes et les îles Caïmans pour y ouvrir des comptes.

    Aussi, comment expliquer que la majorité des importants contrats du port d’Abidjan soient tous aux mains des grands groupes étrangers comme Bolhoré et Bouygues ? Est-ce cela une attitude anti-néocolonialiste ? Comment comprendre qu’un anti-néocolonialiste puisse brader les contrats d’exploitation du pétrole à des enterprises étrangères à tel point qu’en Côte d’Ivoire, le carburant coûte plus cher que dans les pays comme le Mali et le Burkina Faso qui n’en produisent pas ?

    Pour terminer, il est important de comprendre que le néocolonialisme, même s’il a été inventé par les colons d’antan, est avant tout encouragé par nous même Africains à travers nos gouvernants corrompus, malhonnêtes, et incompétants, qui par le mauvais usage de l’argent emprunté contribuent à enfoncer l’Afrique dans ce gouffre déjà beaucoup trop profond. En plus de nos gouvernants faussoyeurs , nous aussi à notre niveau individuel y contribuons consciemment ou inconsciemment.

    Les plus riches d’entre nous que sont nos footballeurs ; Drogba, Eto’o, Touré, Essien, Adébayor et autres (que j’admire par ailleurs en tant que sportifs) ne sont pas en marge. En effet, le site portugaiswww.futebolfinance.comstipule que les salaires annuels versés par les clubs et les revenus publicitaires de ces joueurs commeDrogba, Eto’o et Essiens’élèvent à 7.380.000 €, 5.040.000 €, 5.004.000 € respectivement (à multiplier par 750 pour la conversion en FCFA). Je me demande bien combien de ces sommes faramineuses-qu’ils méritent par ailleurs-ont été déposés à la BAD ou la BCEAO afin que cela puisse servir à financer des projets de développement en Afrique. Les plus gros investissements sur le continent que ces joueurs ont réalisés, si je ne m’abuse, sont la construction de maquis et de boîte de nuit pour encourager la jeunesse à la dépravation.

    Même les plus pauvres d’entre nous ne sont pas en reste. Nous y contribuons, je doit l’admettre inconsciement pour la plupart. Combien de chauffeurs de mini-cars (Gbakpa) d’ABOBO, ou de taxi de YOPOUGON gardent encore l’argent de leur recettes sous leurs matelas à la maison au lieu de les mettre à la banque ? Combien de vendeuses de beignets d’ATTECOUBE ou de gombo au marché de TREICHVILLE préfèrent encore garder leur argent dans leurs soutien-gorges ou attaché au bout de leurs pagnes, au lieu d’ouvrir ne serait-ce qu’un compte courant à la banque ? Chers Africains, il faudrait nous même enrichir nos banques et non celle des autres en y mettant notre propre argent, peu importe la somme, afin que cela puisse servir.Comment voulons-nous que nos banques locales puissent accorder des prêts si nous même n’apportons pas d’eau au moulin ? Et c’est cela aussi la triste réalité en Afrique, chers panafricanistes et anti-néocolonialistes.

    Aussi combien de millions sont depensés par nos familles dans les funérailles ou les anniversaires, mariages, baptêmes, et autres cérémonies superflues. Ne serait-il pas plus judicieux d’utiliser cet argent à d’autres fins plus utiles-telles que soigner , éduquer, et nourir ceux qui sont encore vivants ?

    CHERS PANAFRICANISTES, VOICI LES DEFIS QUI NOUS ATTENDENT

    Je terminerai mes propos en souligneant que bien que le Panafricanisme en lui même soit un concept qui fasse rêver les Africains, moi inclu, la réalité sur le terrain s’annonce beaucoup plus difficile tant les divergences entre nous sont énormes. A y regarder de près, la seule chose qu’on ait finalement en commun est la couleur de notre peau. Si on s’attarde sur la théorie de Nkrumah qui consiste à créer les Etats Unis d’Afrique-chose tout à fait souhaitable et faisable par ailleurs- plusieurs défis devront être adressés. Tout d’abord, il faudra résoudre le problème de l’uniformité de la langue. Deviendrons nous tous francophones, anglophones luzophones ou arabes ? Ensuite, il faudra s’attaquer aux divergences réligieuses. Deviendrons-nous tous musulmans, chrétiens, animistes, raeliens, franc-macons etc ? Tolérerons-nous que des femmes se fassent fouetter sur la place publique chez le voisin El-Béchir du Soudan sous pretexte qu’elles auraient porté des pantalons jugés trop moulants ? Ou que des filles de 15 ans se fassent exciser en Guinée et au Mali pour les forcer à rester fidèles à des vieillards répugnants de 60 ans et plus, qu’on les aurait forcer à épouser ? Allons-nous légaliser la polygamie ? Allons-nous être plus tolérants envers les minorités telles que les malades du SIDA, les homosexuels et les femmes infertiles ? Accepterons-nous que des personnes en Côte d’Ivoire indiquent aux escadrons de la mort les maisons de leurs voisins au prétexte qu’ils soient musulmans ou qu’ils aient voté pour Ouattara ? Accepterons-nous au nom du panafricanisme que sous prétexte d’implication internationale en Côte d’Ivoire, Ouattara se fasse voler sa victoire aux élections présidentielles au simple argument que l’ami Yao N’Dré du conseil constitutionnel ait dit qu’il devait en être ainsi ?

    Je vous invite donc chers intellectuels Africains à éviter tout amalgamme car votre panafricanisme et votre lutte anti-néocolonialiste, Laurent Gbagbo lui n’en a rien à foutre. Tout ce qui l’intéresse, c’est de s’éterniser au pouvoir peu importe le prix à payer, y compris la destruction de la Côte d’ivoire. “Au pouvoir, j’y suis, j’y reste” disait-il fièrement lors de la campagne présidentielle.

    Gile Farese

    1- Kamawrmesha, Auditeur Libre. http://www.lvdpg.org/Histoire-Les-peres-du-Panafricanisme_a3775.html, Juillet 2003. 2- Isabelle Sciamma,http://www.afrik.com/article6347.html,Avril 2010



 

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